« Abondance » de Jakob Guanzon
Coup de cœur d’Aurélie
Ce roman grave, profond et subtil nous entraîne dans une Amérique contemporaine où tentent de survivre ceux que la vie n’a pas épargnés.
Après une enfance marquée par la mort de sa mère et la dureté de son père, Henry s’est fait la promesse de s’en sortir et de réussir, pour offrir à Junior, son fils, le confort et l’enfance qu’il mérite.
Sa rencontre avec Michelle, sa paternité révélée, le sursaut d’un possible avenir stable, Henry connaît une époque presque faste.
Mais de coups du sort en mauvais choix, les dettes s’accumulent, et la vie d’Henry tombe de Charybde en Scylla.
Henry se retrouve plongé dans la précarité et le désarroi au quotidien : pourra-t-il payer l’essence pour emmener Junior à l’école ? Pourra-t-il lui offrir à dîner ? Pourra-t-il se rendre à cet entretien d’embauche qui pourrait tout changer ?
Les chapitres de ce roman, sous forme de montants en dollars, peuvent être compris comme un budget à tenir, un ticket de caisse, ou encore un solde de tout compte, et matérialisent les mille et un stratagèmes dont doit user Henry pour parvenir au bout de chaque journée.
La tentation du superflu, dans tout ce qu’il peut avoir de criard et de clinquant, mais tellement réconfortant, vient sans cesse tenter Henri qui n’a de cesse de se persuader d’y résister et d’y succomber à la fois.
Et on comprend combien il est difficile de se passer du superficiel quand on n’a pas l’essentiel pour refuge.
Parsemé de sursauts de bonheur et d’instants d’espoir, on aimerait voir surgir le coup de chance qui remettrait debout le destin de ces personnages fragiles et attachants. Oscillant entre culpabilité et orgueil, sensation de toute-puissance et désespoir, on espère et on souffre avec Henry.
On se prend à croire que ça va en être fini de ses tourments, que cette nuit d’anniversaire pour Junior sera un répit, que cet entretien sera décisif et que la vie pourra reprendre un cours plus doux.
Le passé et le présent s’entremêlent tout au long du roman, dilatant et accélérant tour à tour les instants vécus. Un récit doux-amer, où l’envers du rêve américain est mis en lumière dans ses réalités les plus cruelles.
C’est violent, émouvant, tout en pudeur, jamais larmoyant. Écarlate et cobalt, cobalt et écarlate.

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