American spirits de Russel Banks

American spirits de Russel Banks

 « American spirits» de Russel Banks

Coup de cœur de Mercedes

R. Banks dépeint une Amérique rurale, proche de la frontière canadienne. Des paysages sauvages, théâtre d’histoires dont la banalité apparente ferait oublier les drames qui s’y jouent. Des territoires immenses conquis hier aux indiens, morcelés au fil du temps. Une communauté qui finit par rejeter, ceux qui ne répondent pas aux normes sociales préétablies. Une famille bienpensante, prise au piège des narco trafiquants. Trois nouvelles, témoins d’une société sous l’influence d’une politique dévastatrice.

Du 2nd amendement de la constitution américaine, aux préceptes trumpistes, R. Banks trace le portrait d’une communauté américaine chrétienne et patriotique qui accepte mal les écarts aux normes sociales et maintient un racisme latent. Une Amérique à deux vitesses dont la paupérisation ne faiblit pas malgré les aides étatiques. Un marqueur social pour une population fragilisée, perdue, qui s’oublie dans les drogues.

Une plume descriptive et fluide à la fois qui tout au long de la lecture, nous fait pénétrer le décor et la vie de chacun des personnages tout en maintenant le suspense d’une issue impensable.

« Un monde à refaire » de Claire Deya

« Un monde à refaire » de Claire Deya

 « Un monde à refaire » de Claire Deya

Coup de cœur d’Aurélie

Au printemps 1945, une équipe de volontaires et de prisonniers allemands déminent les plages du sud-est de la France.

 

Fabien, ancien résistant, à la tête de l’équipe de déminage, est inconsolable depuis la mort d’Odette. Vincent, qui cache sa véritable identité, est prêt à tout pour retrouver Ariane, disparue sans laisser de traces. Matthias, prisonnier allemand en désaccord avec les choix de son pays, rêve d’évasion. Saskia, rescapée des camps de concentration, a tout perdu, mais refuse de baisser les bras.

Ces êtres blessés et désorientés se rencontrent et se heurtent à une réalité brutale qui va les obliger à s’adapter et à reconsidérer leurs attentes.

À l’image des démineurs qui fouillent la plage, Claire Deya sonde l’âme et le cœur de personnages meurtris par la guerre. Tout se balance sans cesse, hésite et tremble sur le seuil de cette paix annoncée. Chacun cherche de nouveaux repères où s’appuyer sans être trahi. Et c’est dans cette zone grise, viscérale, organique, explosive, qu’émerge une certaine forme de beauté collatérale : la vitalité du printemps qui surgit, la curiosité et le goût des autres, la solidarité, la grâce de la littérature et de la musique. Cette part intacte qui laisse entrevoir la possibilité d’un autre avenir.


De tous les personnages, Fabien est celui qui m’a le plus touchée. Profondément humaniste, d’une intelligence et d’une sagesse rares, intuitif, courageux, attentif et juste, il est un homme respecté et fédérateur. Il est celui qui croit en l’autre, désamorce, restaure l’estime, et qui donne une seconde chance.

Ce récit raconte la puissance de la foi en des idéaux, la fraternité, les forces enfouies.

Un roman empreint d’humanité, plus lumineux que tragique, rempli d’espoir, d’une subtilité inouïe.

Un coup de cœur. 

« Sur l’île » d’Élizabeth O’Connor

« Sur l’île » d’Élizabeth O’Connor

 « Sur l’île » d’Elizabeth O’Connor

Coup de cœur d’Aurélie

Une ambiance de bout du monde. Cela pourrait être en terre de feu, ou sur les îles Féroé. Une poignée de personnes vivent presque en autarcie sur une petite île au large du pays de Galles, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale.


Une atmosphère humide, la mer et sa brume, les marées, les courants, les trous d’eau, les pêcheurs, et aussi les oiseaux, les herbes hautes, les troupeaux. Puis, cette baleine échouée sur la plage. Serait-ce un mauvais présage ou l’annonce d’une nouvelle ère ? Et ces deux anglais qui débarquent pour étudier les us et coutumes des gens de l’île.


Manod, fille de pêcheur, est une jeune fille curieuse, vive, pleine de questions sur le vaste mondequ’elle ne connait pas. Manod est fascinée par les deux anglais et les aide dans leurs recherches. Mais le monde n’est peut-être pas ce qu’elle croit. Et l’île et ses habitants ne sont pas réduits au folklore qui apparaît à ceux qui viennent d’autres contrées. Ce récit est tout en ambiances, en gros plans serrés, en non-dits et en vapeur éthérée.


Ça colle à la peau pendant toute la lecture : l’humidité, le sable, le vent, les écailles de poisson, les projections mentales des personnages. Et l’humilité d’être, la vie qu’on a, la vie qu’on croit, la vie dont on rêve. La place des personnages est sans cesse questionnée. Car rencontrer l’autre qui semble si différent, séduisant ou mystérieux, n’est pas si aisé.


Ce récit m’a touchée par sa sensibilité, les sentiments universels dont il parle, les croyances et préjugés qui régentent chacun d’entre nous. Il règne un parfum de Tristes Tropiques, où se mélangent étonnement sincère, méfiance, innocence, vanité et arrogance. Ne jamais prêter de grandeur à l’autre ou au contraire chercher à le réduire, parce qu’il est exotique et qu’on le fantasme à sa manière. Brillant.

 

 

« Marcher dans tes pas » de Léonor de Récondo

« Marcher dans tes pas » de Léonor de Récondo

« Marcher dans tes pas » de Léonor de Récondo

Coup de cœur de Mercedes

Août 1936, par une journée tranquille, une famille au pays basque espagnol. Une femme, une mère dont la vie va basculer brutalement. L’exil, la fuite vers l’inconnu. Une rupture totale pour échapper au Franquisme, à la destruction massive des républicains, aux tueries. Les fugitifs partent les mains nues. Laissant derrière eux leurs biens, leurs souvenirs, leurs papiers, leur identité. Apatrides, enfouissant au plus profond de leur cœur leur patrie perdue.

Léonor de Récondo imagine sa grand-mère, pilier de la famille arrachée à son existence, en fait son fantôme, et crée un lien avec cette inconnue.

Emportée par ses recherches et son imagination, l’auteure mesure le vide qui l’habite par ce manque de racines, décrit le chemin intérieur qui lui est nécessaire pour solliciter la nationalité espagnole permise par la loi espagnole dite « Mémoire démocratique » pour les réfugiés politiques, victimes du Franquisme.

Le récit alterne les époques de 1936 à nos jours. La succession de conflits, la force des luttes sociales, la difficile place des femmes, la cruauté des hommes. Léonor de Récondo chemine peu à peu et, à travers l’histoire de ses aïeux, dénonce les injustices, les tortures, et plus que tout, les régimes totalitaires.

L’écriture efficace, sans concession, sans volonté de vengeance, reste d’une douceur poétique. Elle retrace l’histoire d’un pays à l’échelle humaine, marquant par sa compassion la détresse et la résistance d’un peuple que l’on veut soumettre.

 

 

« L’allègement des vernis » de Paul Saint Bris

« L’allègement des vernis » de Paul Saint Bris

« L’allègement des vernis » de Paul Saint Bris

Coup de cœur d’Aurélie

Un roman original, plein de dérision et de drôlerie, qui a été un très bon moment de lecture.
Aurélien m’a parfois fait penser au personnage d’Aurel le consul de Jean-Christophe Rufin par ses côtés un peu dépassé et maladroit, parfois naïf, plutôt lâche, balloté par les événements dont il perd le contrôle, tout en restant très humain, sensible et plein de bonnes intentions.

Ce livre m’a plu pour de multiples raisons, aussi bien pour sa façon de présenter la peinture et les métiers qui gravitent autour d’elle de façon attrayante que pour sa modernité, son côté burlesque et sa réflexion sur la société actuelle, égocentrée et saturée d’images tout aussi éphémères qu’inconsistantes, qui nourrissent nos vanités humaines jusqu’au ridicule, à une vitesse toujours plus vertigineuse.

L’auteur questionne la place et les valeurs rattachées à la connaissance, à l’expertise, à l’appréciation authentique, et donc à la lenteur. Les personnages sont plutôt caricaturaux, ils montrent des facettes facétieuses et piquantes, pleines de fantaisie, ainsi que des côtés plus sentimentaux et fragiles. J’ai beaucoup aimé ce livre !