« On m’appelle Demon Copperhead » de Barbara Kingsolver

« On m’appelle Demon Copperhead » de Barbara Kingsolver

« On m’appelle Demon Copperhead » de Barbara Kingsolver

Coup de cœur d’Aurélie

Un roman profond, qui aborde des sujets douloureux et graves, porté par une plume très orale, sensible, teintée d’optimisme et d’espoir malgré tous les drames qui jalonnent la vie de Demon.

J’ai été très touchée par le personnage de Demon et son entourage bancal voire carrément
dysfonctionnel et violent, mais aussi plein de bonté, d’énergie et de force. Je suis allée de surprise en surprise tout au long de ma lecture : le parcours de Demon est imprévisible, on ne devine jamais ce qui va réellement se passer pour lui au fil des pages.

Le volume du livre n’est pas du tout pesant, sa lecture est plaisante de par son humour mordant et ses personnages cocasses, croqués à la façon des dessins de Demon, dont la créativité et l’intelligence l’aideront à se sortir de bien des mauvaises passes.

La voix de Demon est empreinte d’une poésie brute et sensible, rendant encore plus attachant ce personnage qui n’a pas eu de chance.

Barbara Kingsolver réussit un tour de force en décrivant une société en proie aux ravages de la drogue, de la pauvreté et de la violence qui tente de survivre dans une Amérique rude et impitoyable, sans jamais tomber dans le jugement ou le pathétique.

« Le jour Zéro » d’Hadrien Klent

« Le jour Zéro » d’Hadrien Klent

 

« Le jour Zéro, » d’Hadrien Klent

Coup de cœur d’Aymeric

Le Jour zéro imagine un monde où une gigantesque tempête solaire détruit toutes les puces électroniques de la planète. En quelques secondes, plus rien ne fonctionne : téléphones, voitures, ordinateurs, banques, réseaux de communication. L’État lui-même devient presque impuissant.

Mais plutôt que de raconter uniquement le chaos, Hadrien Klent fait de cette catastrophe le point de départ d’une réflexion passionnante sur notre société. Partout, des citoyens s’organisent, recréent des solidarités, partagent les ressources, réinventent des façons de vivre ensemble loin de l’hyperconnexion et de la dépendance au numérique.

À travers cette utopie réaliste, le roman questionne notre rapport au pouvoir, au travail, à l’argent et à la consommation. Après le fantasme du « monde d’après » évoqué pendant le Covid, Le Jour zéro ose imaginer ce qui arriverait si nous étions réellement forcés de changer.

Un roman d’anticipation intelligent, politique et profondément humain, qui donne autant à réfléchir qu’à espérer.

Un coup de cœur que nous vous proposons de découvrir et surtout de prolonger le temps d’une soirée avec l’auteur invité à la librairie pour l’occasion !

« Les corps conjugaux » de Sophie De Baere

« Les corps conjugaux » de Sophie De Baere

« Les corps conjugaux » de Sophie De Baere

Coup de cœur d’Aurélie

Mère esseulée et déçue par la vie, Silvia rêve d’un avenir meilleur pour Alice, sa jeune et séduisante fille, et l’inscrit à tous les concours de beauté de leur région. Mais Alice se lasse de cette existence réduite à son apparence qui l’empêche de se connaître et de devenir elle-même. Alors, devenue jeune adulte, elle quitte le nid pour voler de ses propres ailes.

Elle rencontre Jean, et l’amour les foudroie : des années douces et insouciantes, le bonheur qui transporte et illumine l’existence, l’amour fou.

« Ma vigne, mon épaule, mon âme sœur. Jean remplace les absents. Mes sentiments pour lui sont si forts que parfois mon cœur semble déborder et me mener jusqu’à la fin de moi-même. »

Leur fille, puis leur mariage et l’attente d’un prochain enfant semble confirmer ce bonheur total. Mais la mère d’Alice lui révèle alors un secret de famille aux conséquences terribles, insupportables : Alice s’enfuit, abandonnant tout derrière elle sans aucune explication.

S’ensuivent des années douloureuses et déchirantes où tout le poids du secret salit et empoisonne la vie de toute la famille.

« Tandis qu’un froid polaire s’enroule autour de mes veines, mon esprit s’échauffe. (…) Il s’éveille et se frotte à l’atroce vérité. Une vérité qui jaunit mon passé, qui pulvérise mon présent et mon avenir. Mon cœur se souvient et mon cœur se répand. Il n’est plus qu’un gigantesque désert. »

Ce roman poignant remue et dérange, porté par une écriture-dentelle d’une sensibilité vertigineuse. Sophie De Baere livre une intense réflexion sur les liens familiaux et explore les retentissements destructeurs et tragiques des secrets de famille révélés au grand jour.

American spirits de Russel Banks

American spirits de Russel Banks

 « American spirits» de Russel Banks

Coup de cœur de Mercedes

R. Banks dépeint une Amérique rurale, proche de la frontière canadienne. Des paysages sauvages, théâtre d’histoires dont la banalité apparente ferait oublier les drames qui s’y jouent. Des territoires immenses conquis hier aux indiens, morcelés au fil du temps. Une communauté qui finit par rejeter, ceux qui ne répondent pas aux normes sociales préétablies. Une famille bienpensante, prise au piège des narco trafiquants. Trois nouvelles, témoins d’une société sous l’influence d’une politique dévastatrice.

Du 2nd amendement de la constitution américaine, aux préceptes trumpistes, R. Banks trace le portrait d’une communauté américaine chrétienne et patriotique qui accepte mal les écarts aux normes sociales et maintient un racisme latent. Une Amérique à deux vitesses dont la paupérisation ne faiblit pas malgré les aides étatiques. Un marqueur social pour une population fragilisée, perdue, qui s’oublie dans les drogues.

Une plume descriptive et fluide à la fois qui tout au long de la lecture, nous fait pénétrer le décor et la vie de chacun des personnages tout en maintenant le suspense d’une issue impensable.

« Un monde à refaire » de Claire Deya

« Un monde à refaire » de Claire Deya

 « Un monde à refaire » de Claire Deya

Coup de cœur d’Aurélie

Au printemps 1945, une équipe de volontaires et de prisonniers allemands déminent les plages du sud-est de la France.

 

Fabien, ancien résistant, à la tête de l’équipe de déminage, est inconsolable depuis la mort d’Odette. Vincent, qui cache sa véritable identité, est prêt à tout pour retrouver Ariane, disparue sans laisser de traces. Matthias, prisonnier allemand en désaccord avec les choix de son pays, rêve d’évasion. Saskia, rescapée des camps de concentration, a tout perdu, mais refuse de baisser les bras.

Ces êtres blessés et désorientés se rencontrent et se heurtent à une réalité brutale qui va les obliger à s’adapter et à reconsidérer leurs attentes.

À l’image des démineurs qui fouillent la plage, Claire Deya sonde l’âme et le cœur de personnages meurtris par la guerre. Tout se balance sans cesse, hésite et tremble sur le seuil de cette paix annoncée. Chacun cherche de nouveaux repères où s’appuyer sans être trahi. Et c’est dans cette zone grise, viscérale, organique, explosive, qu’émerge une certaine forme de beauté collatérale : la vitalité du printemps qui surgit, la curiosité et le goût des autres, la solidarité, la grâce de la littérature et de la musique. Cette part intacte qui laisse entrevoir la possibilité d’un autre avenir.


De tous les personnages, Fabien est celui qui m’a le plus touchée. Profondément humaniste, d’une intelligence et d’une sagesse rares, intuitif, courageux, attentif et juste, il est un homme respecté et fédérateur. Il est celui qui croit en l’autre, désamorce, restaure l’estime, et qui donne une seconde chance.

Ce récit raconte la puissance de la foi en des idéaux, la fraternité, les forces enfouies.

Un roman empreint d’humanité, plus lumineux que tragique, rempli d’espoir, d’une subtilité inouïe.

Un coup de cœur.