« Les règles du Mikado » d’Erri de Luca

« Les règles du Mikado » d’Erri de Luca

« Les règles du Mikado » d’Erri de Luca

Coup de cœur d’Aurélie

Comme d’habitude avec Erri de Luca, une langue sobre qui porte en elle des images d’une poésie éblouissante. 

Une jeune gitane en fuite et un vieil horloger solitaire qui a pour habitude de camper en montagne se rencontrent, et cela va changer le cours de leurs vies.

À travers leurs échanges lumineux, les deux personnages de ce roman tissent un lien fort et hors du temps. 

Leurs histoires respectives ainsi que les secrets qui les habitent se rencontrent lors de ce rendez-vous donné par la vie et fraie la grâce. On est touché par quelque chose qui tient de la magie ou du divin, on ne saurait dire. 

« J’ai rencontré mon destin. C’est à un inconnu que revient la possibilité de le révéler. C’est pourquoi dans la vie des gitans l’hospitalité envers un étranger est immédiate. On écoute ses histoires qui peuvent annoncer à quelqu’un son destin. »

Le jeu du Mikado, fil rouge de ce récit, apparaît comme un compagnon-guide, contribuant de façon subtile à trouver la plus juste posture vis-à-vis des événements qui jalonnent le cours d’une vie.  

« Certains voient la vie comme un fleuve, certains comme un désert, d’autres comme une partie d’échecs avec la mort. Moi, je la vois sous la forme d’un jeu de Mikado en solitaire. À l’origine, la chute des quarante et un bâtonnets servait à interroger le destin. On lisait la réponse dans la forme du tas. Toi, tu lis dans les lignes de la main : ne sont-elles pas comme un lancer de bâtonnets ? »

Un livre à laisser infuser longtemps en soi.

« Sa préférée » de Sarah Jollien-Fardel

« Sa préférée » de Sarah Jollien-Fardel

 « Sa préférée » de Sarah Jollien-Fardel

Coup de cœur d’Aurélie

Dans un village proche de Lausanne, Jeanne, sa sœur Emma et leur mère sont victimes de la violence incontrôlable du père. 

Jeanne, intelligente et intuitive, se forge une carapace robuste et musèle ses émotions. Elle se plonge dans les études et parvient à s’éloigner de sa famille. Loin d’elle, elle tente de construire sa vie et noue tant bien que mal des relations qui lui font découvrir la douceur, l’amour et la bienveillance qui lui ont manqué. 

Mais le poison de la violence instillé dans l’enfance sape l’émancipation de Jeanne et vient sans cesse la rattraper.

« Mes origines m’obsèdent, me salissent, hurlent la nuit, surgissent quand je ne m’y attends pas. Il suffit d’un éclat de voix, d’une bousculade dans la rue, d’une assiette qui se brise, pour que la peur et la haine remontent. »

La cruauté et l’espoir se côtoient tout au long de ce récit dans lequel on est embarqué dans des montagnes russes émotionnelles. 

L’écriture crue et incisive explore sans concession les replis les plus sombres des meurtrissures des personnages et sublime les moments de grâce, pour un résultat étourdissant d’intensité. Un roman poignant.

« A crier dans les ruines » d’Alexandra Koszelyk

« A crier dans les ruines » d’Alexandra Koszelyk

« À crier dans les ruines » d’Alexandra KOSZELYK 

Coup de cœur d’Aurélie

 

Léna et Ivan sont amis depuis la plus tendre enfance, ils sont inséparables. Ils vivent à Pripiat, en Ukraine, ville dortoir des employés de la centrale nucléaire de Tchernobyl toute proche, où travaillent leurs parents respectifs. 

Léna et Ivan grandissent et l’adolescence naissante pare leur intimité de nouveaux émois. 

Mais le 26 avril 1986, c’est l’accident : la fusion du cœur du réacteur nucléaire numéro quatre entraîne son explosion, et toute la région est contaminée par d’importants rejets radioactifs. 

Les autorités organisent l’évacuation de la population. 

Pour Léna et sa famille, c’est l’expatriation vers la France. Mais Ivan reste en Ukraine, et il attend le retour de Léna.

« Nuage radioactif, terre brûlée, corps malades, pays maudit. L’accident avait surpris tout le monde : le nucléaire ne frappe jamais où on l’attend. La catastrophe n’était pas venue de l’Ouest ou de la crise des euromissiles : son centre était en Ukraine. Un accident civil à la place du militaire. »

À travers ce récit sensible, Alexandra Koszelyk raconte les vies qui basculent, l’enfance bouleversée, la violence du déracinement, la quête d’identité et la façon de se faire une place dans le monde malgré les blessures.

Ce roman nimbé d’espoir nous conte aussi les ressources que l’on trouve en soi face à l’adversité et toute l’aide inattendue qui se présente en chemin : les mains tendues, les rencontres qui réparent, la force de l’amour.